Atelier Diebold Lauber
- Organisation de l’atelier
- Offre de Lauber aux lecteurs
- Liste hypertexte des manuscrits
- Les manuscrits et leur mise en texte
- Les illustrations
- Bibliographie
EUn des ateliers les plus connus et sans doute les plus productifs du 15e siècle dans l’espace germanophone est celui de Diebold Lauber à Haguenau. Il a sans doute pris la relève de l’ »Atelier alsacien de 1418 ». On lui attribue aujourd’hui quelque 80 manuscrits. Le plus ancien date de 1427, le plus récent de 1467. Il semble que l’atelier ait encore travaillé jusqu’en 1470.
Quant à Diebold Lauber, sa biographie et ses conditions d’existence nous restent peu connues. On retrouve son nom dans les actes de Haguenau depuis le milieu des années quatorze cent quarante, et jusqu’en 1471. Lauber se présente lui-même ainsi :
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"dijpold la(u)ber schreyber, lert die kinder".
"Diebold ici écrivain, enseigne aux enfants".
Il était donc professeur, et gagnait aussi accessoirement sa vie comme greffier. Dans les années 1450, il loua également aux voyageurs des écuries pour l’hébergement de leurs chevaux. Depuis 1440 environ, il apparaît nommément comme diffuseur et livreur de livres écrits à la main. Outre cette activité de gestion lui revenait parfois également dans l’atelier le travail de rédacteur. Dans les manuscrits même, sa main n’apparaît dans un premier temps que de façon sporadique. Puis à partir de 1460, il semble travailler plus souvent comme écrivain.
Lauber contacta pour son atelier le château de Haguenau, siège du bailliage alsacien. Un homonyme, probablement parent, qui travaillait aussi pour le bailliage, fit l’intermédiaire. Il est probable que Diebold Lauber ait signé ses premiers contrats grâce à ses relations avec le château de Haguenau et aux contacts que les baillis entretenaient respectivement avec les milieux cultivés et argentés.
L’atelier s’était spécialisé dans la fabrication de manuscrits illustrés. Sur les quelque 80 manuscrits, seuls quatre Codices et quelques fragments restent sans illustrations. Pour le même texte, les différents manuscrits peuvent comporter un nombre d’illustrations très variable. Comme ce fut le cas plus tard dans les ateliers d’imprimerie, les codices sont en partie déjà fabriqués pour un stock d’avance.
Organisation de l’atelier
L’entreprise "Lauber" était relativement importante. Son développement fut progressif. Ses formes d’organisation changèrent, tout comme ses collaborateurs. Au début il s’est certainement agi d’une affaire relativement modeste, qui se limitait à la copie de textes déterminés comme la Bible des Histoires (Historienbibel) On confia les travaux d’écriture à des écrivains rétribués tandis qu’un groupe d’illustrateurs constitué exécutait les illustrations du début à la fin, travaillant en étroite collaboration. A l’apogée de l’atelier, on produisit également des manuscrits d’autres uvres.
On confia les travaux d’écriture et d’illustration à un noyau fixe de collaborateurs et, suivant les besoins, à un personnel complémentaire. Mais à partir de 1455 environ, le nombre de contrats diminua. Seuls quelques manuscrits exécutés avec minutie virent encore le jour. Ils étaient manifestement composés pour répondre à des souhaits particuliers. Le nombre de collaborateurs fut très sérieusement réduit.
Mais tant que l’atelier exista, Lauber eut toujours plusieurs écrivains et dessinateurs à son service. Les manuscrits résultèrent donc toujours d’un travail d’équipe. Les groupes de travail d’illustrateurs, en particulier, duraient longtemps. L’activité du groupe A, auquel on attribue 29 manuscrits et entre autres les illustrations de la Bible de Heidelberg en cinq volumes Cod. Pal. germ. 19, 20, und 22 , s’étend sur 25 ans, de 1425 à 1450 environ.
Le plus souvent, on ne connaît vraiment par leur nom que les écrivains : dans Cod. Pal. germ. 324 par exemple, un Johannes port se présente lui-même sur le fol. 352v , et d’après le rajout de argentyna, il venait de Strasbourg.
Sinon, on ne connaît que rarement les noms des collaborateurs de Lauber. Un certain Diebold de Dachstein écrivit bien le plus ancien manuscrit connu de l’atelier, et Hans Schilling, qui devait par la suite travailler à Lucerne, fut bien responsable des derniers Codices produits. C’est en outre un artiste qui a travaillé aux illustrations des Codices Pal. germ. 19, Pal. germ. 20 und Pal. germ. 23 . Son nom est connu : Derrière le « dessinateur G », auquel on a assez tôt attribué les illustrations, se cache Hans Ott. Il est fait mention de ce peintre dans les actes de Strasbourg entre 1427 et 1449. Il était à la fois enlumineur et peintre ambulant, et à l’occasion également écrivain.
Dans les derniers temps, Lauber a fait la publicité des Codices produits sous son égide au moyen d’annonces manuscrites dans les livres. C’est pourquoi il fut longtemps considéré comme le premier libraire allemand travaillant comme un éditeur. Le Cod. Pal. germ. 314 conserve la copie d’une de ces annonces :
Cette méthode de publicité fut un succès : les manuscrits trouvèrent preneurs bien au-delà des frontières de l’Alsace, du cours inférieur du Rhin jusqu’à la Suisse, et de l’Alsace jusqu’à Nuremberg.
Offre de Lauber aux lecteurs
Selon les annonces publicitaires de Lauber, le programme de production de l’atelier au temps de son apogée comportait 45 titres environ, couvrant pratiquement tous les domaines de la littérature. A la moitié environ des textes produits par l’atelier correspondent une ou plusieurs notes manuscrites de Lauber. Sans ces notes, il n’y aurait eu de certaines oeuvres du Moyen-Age en langue allemande qu’un ou deux textes témoins, voire aucun. Parmi les manuscrits, il est étonnant qu’aucun Codex en latin ne nous soit parvenu, alors que les annonces de vente en faisaient souvent mention.
Les lecteurs des manuscrits de Lauber appartenaient aux hautes couches sociales de la population. On a pu montrer que certains de leurs propriétaires étaint de riches familles de la bourgeoisie dont les membres avaient souvent réussi à intégrer les conseils et les chambres communales voire la dernière marche de la noblesse. Des membres de celle-ci, haute et basse noblesse, figuraient parmi ses clients. Ils étaient le plus souvent liés, de près ou de loin, aux cours des comtes de Wurtemberg, des marquis de Bade et des comtes du Palatinat.
Les 11 manuscrits de la bibliothèque universitaire peuvent être arrivés à la Bibliotheca Palatina par Louis IV ou Frédéric I du palatinat. En tous cas, les princes-électeurs palatins connaissaient très vraisemblablement depuis le 15e siècle l’atelier et ses productions, car elles furent entre 1408 et 1504 propriété du bailliage impérial en Alsace. Le comte du Palatinat Ruprecht von Simmern-Zweibrücken (1420-1478), évêque de Strasbourg depuis 1439, était aussi client, de même que le second bailli d’Alsace, Rheingraf Johann IV. zu Dhaun und Kyrburg (1422-1476).
Liste hypertexte des manuscrits
- 5-bändige Bibel (AT und NT)
- Bücher Mose, Josua, Richter (Cod. Pal. germ. 19)
- Bücher der Könige, Paralipomenon I und II (Cod. Pal. germ. 20 )
- Bücher Esra, Nehemia, Tobias, Judith, Esther, Hiob, Psalter, Parabole, Ecclesiastes, Cantica, Sapientia, Ecclesiasticus (Cod. Pal. germ. 21)
- Jesaia, Jeremia, Baruch, Hesekiel, Daniel, 12 kleine Propheten (Cod. Pal. germ. 22)
- Neues Testament (Cod. Pal. germ. 23)
- Martinus Oppaviensis: "Chronicon pontificum et imperatorum" (Papst-Kaiser-Chronik), deutsch (Cod. Pal. germ. 137)
- "Historia septem sapientum" ("Sieben Weise Meister"), deutsch und Martinus Oppaviensis: "Chronicon pontificum et imperatorum" (Papst-Kaiser-Chronik), deutsch (Cod. Pal. germ. 149)
- Konrad von Megenberg: "Buch der Natur" (Cod. Pal. germ. 300)
- "Virginal" (Cod. Pal. germ. 324)
- Wolfram von Eschenbach: "Parzival" (Cod. Pal. germ. 339)
- Konrad Fleck: "Flore und Blanscheflur" (Cod. Pal. germ. 362)
Liste des manuscrits de l’Atelier Lauber dans d’autres bibliothèques
Les manuscrits et leur mise en texte
La facture artistique des manuscrits, « simple » par comparaison à celle de l’enluminure française, ne dérangea pas les clients de Lauber, même les princes. Au contraire : le succès de l’atelier s’explique entre autres par le fait que ces manuscrits étaient en quelque sorte des « articles de marque », dont le signe le plus affirmé était le format, très caractéristique.
A cet effet, on dépliait les feuilles folio traditionnellement pliées en deux dans le commerce, et on les collait séparément sur une feuillure. La mise en texte et la facture extérieure uniformes des Codices étaient particulièrement appréciées. Ceux-ci comportent un répertoire des chapitres tous numérotés et des têtes de chapitre de couleur rouge. Dans le manuscrit de Parzival, Cod. Pal. germ. 339 de Heidelberg, même les illustrations furent numérotées.
Aux marges on fixa également des onglets. Ce dispositif permettait d’accélérer et de cibler la recherche d’endroits précis dans le texte. Dans la Bible de Heidelberg en cinq volumes, les « livres » commencent en règle générale par une grande illustration introductive sur le verso du feuillet, suivie d’une page décorée d’une initiale. Sur ces feuilles ornementales à initiales, le texte est mis en valeur grâce à une calligraphie particulière, la Textura. Les illustrations et les ornements avaient également pour rôle de structurer le texte.
Les illustrations
Dans ce système, les illustrations se singularisaient par leur grand format, occupant très souvent une page entière. Dans les manuscrits les plus anciens de l’atelier Lauber en particulier, elles furent introduites comme des mots d’ordre, illustrant et interprétant le texte.
Les scènes se jouent toutes sur un sol vert, et ne sont que rarement complétées par d’autres détails en profondeur. Les constructions sont surdimensionnées par rapport à la taille des personnages. La perspective est généralement fausse. Et le style des illustrations rappelle encore beaucoup le 14e siècle.
Par l’effet d’une fausse perspective, les figurines paraissent parfois en lévitation. Le fol. 113r du Cod. Pal. germ. 339 illustre le moment où Parzival reçoit en cadeau du Roi Arthur l’armure d’Ither, que le naïf héros a auparavant vaincu au combat.
Devant un honneur si grand, rendu par un roi légendaire, le jeune Parzival, à gauche sur l’image, perd pied avec la terre. Même son armure, objet de convoitise, est suspendue à un crochet sans mur, et flotte librement dans l’espace de l’image.
Si plusieurs personnages apparaissent dans une même scène, le groupe ainsi représenté peut très bien avoir plus de têtes que de jambes et de pieds. Il en est de même pour les groupes à cheval. Pour exemple sur le fol. 78v du manuscrit de Parzival déjà souvent évoqué : Cod. Pal. germ. 339. La scène montre les compagnons du père de Parzival, Gahmuret, s’en retournant au château de leur patrie, pour faire part de la mort de leur seigneur. Déjà, les nobles dames attendent impatiemment leur retour. Portant la triste nouvelle s’avance un groupe de cinq personnages, à en juger au nombre de chapeaux et d’armures, monté sur deux chevaux.
Les manuscrits plus récents, en revanche, concentrent leur effort sur le détail. Progressivement, des motifs de la vie quotidienne apparaissent dans les illustrations. Sous la houlette de Hans Schilling, les artistes de l’atelier accordaient également une attention toute particulière à l’exécution de leurs dessins.
Bibliographie
- Derschka, Schwabenspiegel, 2002
Derschka, Harald Rainer: Der Schwabenspiegel übertragen in heutiges Deutsch mit Illustrationen aus alten Handschriften, München 2002 - Fasbender, hubsch gemolt, 2002
Fasbender, Christoph: húbsch gemolt – schlecht geschrieben? Kleine Apologie der Lauber-Handschriften, in: Zeitschrift für deutsches Altertum und deutsche Literatur 131, 2002, S. 66-78 - Fechter, Kundenkreis 1938
Fechter, Werner: Der Kundenkreis des Diebold Lauber, in: Zentralblatt für Bibliothekswesen 55 (1938) S. 121-146. - Fechter, Lauber 1938
Fechter, Werner: Noch einmal Diebold Lauber, in: Zentralblatt für Bibliothekswesen 55 (1938) S. 650-653. - Fechter, Publikum, 1935
Fechter, Werner: Das Publikum der mittelhochdeutschen Dichtung, Diss. Heidelberg 1935 (Deutsche Forschungen 28). - Hanauer, Lauber, 1895
Hanauer, Auguste: Diebolt Lauber et les calligraphes de Haguenau au XVe siècle, in: Revue catholique d'Alsace N. F. 14, 1895, S. 411-427; 481-493, 563-576 - Kautzsch 1895
Kautzsch, Rudolf: Diebolt Lauber und seine Werkstatt in Hagenau, in: Centralblatt für Bibliothekswesen 12 (1895): S. 1-32.
Kautzsch, Rudolf: Diebolt Lauber und seine Werkstatt in Hagenau, in: Centralblatt für Bibliothekswesen 12 (1895): 57-113.
(Volltext als PDF-Datei, 6.772 KB) - Kautzsch, Lauber Nachlese, 1926
Kautzsch, Rudolf: Diebolt Lauber und seine Werkstatt. Eine Nachlese. In: Archiv für Buchgewerbe und Gebrauchsgraphik 63, 1926, S. 42-45 (PDF-Format. 237 KB) - Kurth 1914
Kurth, Betty: Handschriften aus der Werkstatt des Diebolt Lauber in Würzburg, Frankfurt und Wien. In: Jahrbuch des kunsthistorischen Institutes der k.k. Zentralkommission für Denkmalpflege 8 (Beiblatt), 1914, Sp. 5-18
(Text als PDF-Datei, 14 KB) - Ott, Parzival-Stoff
Ott, Norbert H.: Zur Ikonographie des Parzival-Stoffs in Frankreich und Deutschland. Struktur und Gebrauchssituation von Handschriftenillustration und Bildzeugnis, in: Wolfram-Studien 12. Probleme der Parzival-Philologie. Marburger Kolloquium 1990, hrsg. von Joachim Heinzle [u.a.], Berlin 1992, S. 108-132. - Ott 1995
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Rapp, Andrea: Bilder gar hùbsch gemolt. Studien zur Werkstatt Diebold Laubers am Beispiel der Prosabearbeitung von Bruder Philipps "Marienleben" in den Historienbiblen IIa und Ib (Vestigia Bibliae. Jahrbuch des Deutschen Bibel-Archivs Hamburg 18), Bonn/ Berlin/ Frankfurt a. M. u.a. 1998 (zugleich Diss. Trier 1996). - Saurma-Jeltsch, Erzählweise
Saurma-Jeltsch, Lieselotte E.: Zum Wandel der Erzählweise am Beispiel der illustrierten deutschen 'Parzival'-Handschriften, in: Wolfram-Studien 12. Probleme der Parzival-Philologie. Marburger Kolloquium 1990, hrsg. von Joachim Heinzle [u.a.], Berlin 1992, S. 124-152. - Saurma-Jeltsch, Brüsseler Tristan, 1999
Saurma-Jeltsch, Lieselotte E.: Der Brüsseler Tristan: Ein mittelhochdeutsches Haus- und Sachbuch, in: Ertzdorff, Xenja von (Hrsg.): Tristan und Isolt im Spätmittelalter. Vorträge eines interdisziplinären Symposium vom 3. Bis 8. Juni 1996 an der Justus-Liebig-Universität Gießen (Cloe. Beihefte zum Daphnis 29), Amsterdam/ Atlanta 1999, S. 247-301. - Saurma-Jeltsch, Bilderhandschriften
Saurma-Jeltsch, Lieselotte E.: Spätformen mittelalterlichter Buchherstellung. Bilderhandschriften aus der Werkstatt Diebold Laubers in Hagenau, Wiesbaden 2001 - Stamm 1983
Stamm, Lieselotte Esther: Buchmalerei in Serie: Zur Frühgeschichte der Vervielfältigungskunst, in: Zeitschrift für Schweizerische Archäologie und Kunstgeschichte 40 (1983) S. 128-135. - Stamm-Saurma, Zuht und wicze
Stamm-Saurma, Lieselotte Esther: Zuht und wicze: Zum Bildgehalt spätmittelalterlicher Epenhandschriften, in: Zeitschrift des Deutschen Vereins fürKunstwissenschaft 41 (1987), S. 42-70. - Traband 1982
Traband, Gérard: Diebolt louber schriber zu hagenowe, in: Etudes Haguenoviennes N. S. 8, 1982, S. 51-92. - Vollmer 1912
Ober- und mitteldeutsche Historienbibeln, bearb. von Hans Vollmer (Materialien zur Bibelgeschichte und religiösen Volkskunde des Mittelalters, 1,1). Berlin 1912 - Vollmer 1910
Vollmer, Hans: Drei neue Miniaturistennamen des XV. Jahrhunderts. In: Repertorium für Kunstwissenschaft 33, 1910, S. 233-238 (PDF-Format, 5.374 KB) - Vollmer 1916
Vollmer, Hans: Niederdeutsche Historienbibeln und andere deutsche Bibelbearbeitungen (Materialien zur Bibelgeschichte und religiösen Volkskunde des Mittelalters, 1,2). Berlin 1916
© Ulrike Spyra, Maria Effinger, Universitätsbibliothek Heidelberg, 09/2008
Trad. Marie-Cath Cadet, Bibliothèque de l’Université du Sud, Toulon



